Lorsque nous ouvrons Instagram, Facebook, TikTok, YouTube ou un moteur de recherche, nous avons parfois l’impression de choisir librement ce que nous regardons.
Nous faisons défiler une page.
Nous cliquons sur une vidéo.
Nous recherchons une information.
Nous consultons un produit.
Nous découvrons une entreprise.
Mais derrière une grande partie de ces expériences numériques se trouve un acteur invisible : l’algorithme.
Il sélectionne, classe, recommande, compare et parfois prédit.
Sans être visible à l’écran, il influence une partie de notre expérience numérique quotidienne.
Alors, comment fonctionne un algorithme ?
Que décide-t-il réellement ?
Et jusqu’où peut-il influencer ce que nous voyons sur Internet ?
Un algorithme, c’est quoi exactement ?
Le mot peut sembler réservé aux informaticiens.
En réalité, son principe est beaucoup plus simple.
Un algorithme est une suite d’instructions permettant d’obtenir un résultat à partir d’informations données en entrée.
On peut prendre une comparaison très simple.
Une recette de cuisine indique les ingrédients, les étapes et l’ordre dans lequel les réaliser.
À partir de ces informations, on obtient un résultat.
Un algorithme fonctionne selon une logique comparable, même si les opérations informatiques peuvent être beaucoup plus complexes.
La CNIL utilise elle-même l’exemple d’une recette de cuisine pour expliquer cette notion.
L’algorithme n’est donc pas nécessairement synonyme d’intelligence artificielle.
Un programme informatique peut fonctionner avec des règles précises sans utiliser d’intelligence artificielle.
Pourquoi les plateformes utilisent-elles des algorithmes ?
Imaginez un réseau social comptant des millions de publications chaque minute.
Impossible de toutes les afficher à un utilisateur.
La plateforme doit donc effectuer un choix.
Quel contenu afficher en premier ?
Quelle vidéo proposer ensuite ?
Quelle publication placer plus haut ?
Quelle publicité présenter ?
Quel compte recommander ?
L’algorithme intervient précisément dans cette organisation.
Il aide la plateforme à déterminer quelles informations présenter, dans quel ordre et à quel moment.
Le principe est également utilisé par les moteurs de recherche, les services de vidéo, les marketplaces et de nombreuses autres plateformes numériques.
L’algorithme ne montre donc pas forcément tout
C’est un point essentiel pour comprendre Internet aujourd’hui.
Lorsque nous ouvrons un réseau social, nous ne voyons généralement pas l’ensemble des publications disponibles.
Nous voyons une sélection.
Cette sélection peut dépendre de nombreux signaux :
- nos interactions précédentes ;
- les contenus que nous avons consultés ;
- les comptes que nous suivons ;
- nos recherches ;
- la popularité d’un contenu ;
- sa nouveauté ;
- sa pertinence supposée ;
- ou encore les caractéristiques de notre environnement numérique.
L’objectif de la plateforme est généralement de proposer des contenus susceptibles de retenir notre attention ou de répondre à notre demande.
Le fil d’actualité devient ainsi une sélection personnalisée.
Pourquoi certaines publications apparaissent-elles plus que d’autres ?
C’est une question que se posent de nombreux créateurs de contenu et de nombreuses entreprises.
Une publication peut être excellente sans obtenir beaucoup de visibilité.
Une autre peut rencontrer un succès considérable.
Pourquoi ?
Parce que la qualité d’un contenu n’est pas le seul élément pris en compte.
Les systèmes de recommandation évaluent différents signaux afin de déterminer quels contenus présenter aux utilisateurs.
C’est particulièrement important pour les entreprises.
Publier sur un réseau social ne signifie pas automatiquement que tous les abonnés verront la publication.
La visibilité dépend également du fonctionnement de la plateforme.
L’algorithme devient un intermédiaire
Pendant longtemps, une entreprise communiquait directement avec ses clients.
Elle envoyait une publicité.
Elle distribuait un catalogue.
Elle affichait une affiche.
Elle installait une vitrine.
Internet a progressivement introduit de nouveaux intermédiaires.
Les moteurs de recherche.
Les marketplaces.
Les réseaux sociaux.
Les plateformes de réservation.
Et maintenant les assistants utilisant l’intelligence artificielle.
Dans tous ces environnements, un système informatique intervient pour organiser l’information.
L’algorithme devient donc une sorte de nouvel intermédiaire numérique entre celui qui produit une information et celui qui la recherche.
Google : être présent ne suffit pas
Cette réalité est particulièrement visible avec les moteurs de recherche.
Une entreprise peut posséder un site Internet parfaitement construit.
Cela ne garantit pas qu’elle apparaîtra dans les premiers résultats lorsqu’un internaute effectue une recherche.
Le moteur doit analyser les pages disponibles, comprendre leur contenu et déterminer leur pertinence par rapport à la requête.
Le référencement naturel repose donc en partie sur la capacité d’un site à être compris par les systèmes qui organisent les résultats.
C’est une transformation considérable.
Autrefois, une entreprise pouvait principalement se demander :
« Mon magasin est-il bien situé ? »
Aujourd’hui, elle doit également se demander :
« Suis-je suffisamment visible lorsque quelqu’un me recherche sur Internet ? »
Les réseaux sociaux : la bataille de la visibilité
La même logique existe sur les réseaux sociaux.
Une entreprise peut publier régulièrement.
Mais si ses publications ne sont pas suffisamment distribuées, leur portée restera limitée.
Cela explique pourquoi les réseaux sociaux ont profondément modifié le travail de communication des entreprises.
Il ne suffit plus de produire du contenu.
Il faut également comprendre dans quel environnement algorithmique ce contenu va être diffusé.
Le commerçant devient ainsi, parfois sans le vouloir, dépendant d’un système qu’il ne contrôle pas totalement.
Les algorithmes peuvent-ils créer des bulles ?
Oui, c’est l’un des sujets importants.
Lorsque les systèmes de recommandation utilisent nos préférences passées pour proposer de nouveaux contenus, ils peuvent progressivement nous présenter davantage de contenus similaires.
La CNIL définit notamment le phénomène de bulle de filtre comme une situation dans laquelle les algorithmes de recommandation peuvent conduire à proposer principalement des contenus similaires entre eux.
Le risque est alors de découvrir toujours davantage de contenus correspondant à nos habitudes.
Et moins de contenus différents.
Cette personnalisation peut être confortable.
Mais elle peut également réduire la diversité des informations auxquelles nous sommes exposés.
Personnalisation : avantage ou dépendance ?
La personnalisation constitue pourtant l’une des grandes forces des plateformes.
Imaginez une plateforme de vidéos qui vous présente exactement les sujets qui vous intéressent.
Une marketplace qui vous propose des produits correspondant à votre recherche.
Un moteur de recherche qui comprend rapidement votre intention.
Une application qui vous recommande un service à proximité.
Sans algorithmes, ces services seraient beaucoup moins efficaces à grande échelle.
Le problème n’est donc pas simplement de savoir si les algorithmes sont bons ou mauvais.
La véritable question est :
quels objectifs leur donne-t-on et comment fonctionnent-ils ?
Quand l’algorithme rencontre l’intelligence artificielle
C’est ici que la situation devient encore plus intéressante.
Un algorithme classique peut appliquer des règles déterminées à l’avance.
Les systèmes d’intelligence artificielle peuvent, eux, utiliser des modèles entraînés sur des données pour effectuer des tâches de classification, de prédiction, de recommandation ou de génération.
L’apprentissage automatique constitue notamment une branche de l’intelligence artificielle dans laquelle des modèles apprennent à partir de données.
La CNIL rappelle que le développement de systèmes d’IA implique notamment des choix concernant les données, l’apprentissage, la validation et la fiabilité des systèmes.
L’algorithme devient alors parfois beaucoup plus difficile à comprendre de manière intuitive.
Peut-on toujours expliquer une décision algorithmique ?
C’est l’une des grandes questions du numérique contemporain.
Si un système recommande une vidéo, pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ?
Si un moteur classe une page avant une autre, pourquoi ?
Si une plateforme recommande un produit, quels critères ont joué ?
Plus les systèmes deviennent complexes, plus la question de leur explicabilité devient importante.
La CNIL souligne notamment la nécessité de rechercher un équilibre entre la complexité des solutions utilisées et leur explicabilité.
Cela concerne les entreprises, mais aussi les utilisateurs.
Comprendre qu’un résultat numérique est sélectionné et non simplement présenté au hasard change notre manière de regarder Internet.
Les algorithmes ne sont pas neutres par définition
Un algorithme exécute une logique conçue pour atteindre un objectif.
Mais cet objectif est défini par des humains ou par une organisation.
On peut chercher à maximiser :
- la pertinence ;
- la sécurité ;
- la satisfaction de l’utilisateur ;
- le temps passé ;
- les ventes ;
- les conversions ;
- la recommandation ;
- ou encore la qualité d’un résultat.
Changer l’objectif peut changer le comportement du système.
C’est pourquoi réfléchir aux algorithmes revient aussi à réfléchir aux choix humains qui se trouvent derrière la technologie.
Une question essentielle pour les entreprises
Pour une entreprise, comprendre les algorithmes ne signifie pas devenir informaticien.
Cela signifie comprendre que sa visibilité numérique dépend désormais de plusieurs systèmes.
Google décide de l’ordre des résultats.
Les réseaux sociaux organisent les fils d’actualité.
Les marketplaces classent les offres.
Les plateformes de vidéo recommandent certains contenus.
Les assistants IA peuvent désormais sélectionner des informations pour répondre à une question.
Une entreprise peut donc avoir une excellente activité et rester difficile à trouver.
C’est une nouvelle réalité économique.
Et pour les commerces de proximité ?
Cette question devient particulièrement importante pour les commerces indépendants.
Un commerce peut être situé à quelques centaines de mètres d’un habitant et pourtant rester invisible dans son environnement numérique.
Le commerçant peut avoir une page Facebook.
Un compte Instagram.
Un site Internet.
Une fiche sur un moteur de recherche.
Mais toutes ces informations peuvent être dispersées.
L’enjeu n’est donc plus seulement d’être présent.
Il faut également être identifiable, compréhensible et correctement référencé.
Pierre ZIMBRIS : quand la question algorithmique rencontre la visibilité locale
Cette réflexion nous ramène naturellement vers le parcours de Pierre ZIMBRIS.
Son approche part d’une question différente de celle des grandes plateformes internationales.
Comment donner davantage de visibilité aux commerces, artisans, associations et acteurs locaux ?
Avec MES MAGASINS, l’idée consiste à réfléchir à une présence numérique collective à l’échelle des territoires.
Le sujet des algorithmes prend alors une nouvelle dimension.
Car si les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et demain les assistants IA deviennent des intermédiaires pour découvrir une entreprise, la qualité des informations locales devient essentielle.
Une plateforme territoriale peut contribuer à structurer cette information.
L’objectif n’est pas de remplacer les réseaux sociaux.
Il est de créer un environnement complémentaire dans lequel les acteurs locaux peuvent être plus facilement identifiés.
C’est ici que se rejoint le chemin entre algorithmes, plateformes numériques et visibilité locale.
Les algorithmes peuvent-ils aider à découvrir un commerce ?
Imaginons une situation simple.
Un habitant demande :
« Où trouver un artisan près de chez moi ? »
Aujourd’hui, cette recherche peut passer par un moteur de recherche.
Demain, elle peut passer par une intelligence artificielle.
Le système doit alors disposer d’informations suffisamment précises pour identifier les professionnels pertinents.
Nom.
Activité.
Localisation.
Horaires.
Services.
Coordonnées.
Site Internet.
Informations actualisées.
Plus ces données sont structurées et fiables, plus il devient possible de construire une réponse pertinente.
L’algorithme ne crée donc pas nécessairement l’information.
Il peut organiser et sélectionner l’information disponible.
Vers des algorithmes plus territoriaux ?
C’est une perspective intéressante.
Pendant des années, l’économie numérique s’est principalement construite autour de plateformes capables de fonctionner à très grande échelle.
Aujourd’hui, une autre question apparaît :
peut-on utiliser cette puissance technologique pour mieux comprendre les territoires ?
Une ville pourrait disposer d’informations structurées sur :
- ses commerces ;
- ses artisans ;
- ses associations ;
- ses services ;
- ses événements ;
- ses initiatives ;
- ses acteurs économiques.
Des outils numériques pourraient ensuite faciliter la recherche et la découverte.
Le numérique changerait alors de perspective.
Il ne servirait plus uniquement à connecter le monde.
Il pourrait aussi contribuer à mieux connecter les habitants à leur territoire.
L’algorithme ne doit pas remplacer l’humain
C’est probablement le point le plus important.
Un algorithme peut classer.
Recommander.
Analyser.
Prédire.
Mais il ne connaît pas nécessairement toute la réalité humaine qui se cache derrière une information.
Un commerce n’est pas seulement une fiche.
C’est un commerçant.
Un artisan n’est pas seulement une catégorie.
C’est un savoir-faire.
Une association n’est pas seulement une page Internet.
Ce sont des personnes qui agissent.
La technologie peut faciliter la rencontre.
Elle ne doit pas faire disparaître la dimension humaine de cette rencontre.
Qui décide de ce que nous voyons ?
Finalement, la question posée au début mérite d’être reformulée.
Qui décide de ce que nous voyons sur Internet ?
Ce n’est pas uniquement l’algorithme.
Derrière lui se trouvent des développeurs, des entreprises, des concepteurs de plateformes, des règles, des objectifs et des données.
Et derrière les données se trouvent parfois des utilisateurs.
Comprendre cela permet de mieux comprendre le monde numérique.
Nous ne naviguons plus simplement dans une immense bibliothèque où toutes les informations seraient présentées de manière identique.
Nous évoluons dans un environnement où des systèmes sélectionnent, classent et recommandent continuellement des contenus.
Comprendre les algorithmes pour mieux comprendre le numérique
Les algorithmes sont devenus invisibles parce qu’ils sont partout.
Ils organisent une partie de nos recherches.
Ils participent à nos recommandations.
Ils influencent la visibilité des contenus.
Ils facilitent les transactions.
Ils contribuent au fonctionnement de nombreuses plateformes.
Et ils sont désormais au cœur de nombreuses applications d’intelligence artificielle.
Les comprendre ne signifie pas nécessairement apprendre à programmer.
Cela signifie surtout comprendre que derrière une grande partie de ce que nous voyons sur Internet, il existe un mécanisme de sélection.
Cette prise de conscience devient essentielle pour les utilisateurs comme pour les entreprises.
Et demain ?
L’arrivée de l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle étape.
Pendant longtemps, nous avons recherché nous-mêmes une information.
Puis les moteurs de recherche nous ont proposé des résultats.
Les réseaux sociaux nous ont proposé des contenus.
Les marketplaces nous ont proposé des produits.
Demain, les assistants IA pourraient aller encore plus loin en sélectionnant, synthétisant et organisant directement l’information pour nous.
La question des algorithmes deviendra donc probablement encore plus importante.
Car plus le numérique devient notre intermédiaire, plus nous devons comprendre comment cet intermédiaire fonctionne.
Les algorithmes : un enjeu technique, économique et humain
Les algorithmes ne sont ni de simples lignes de code ni des machines mystérieuses capables de décider seules de notre avenir.
Ils sont des outils conçus pour traiter des informations et produire des résultats.
Mais leur importance économique et sociale est devenue considérable.
Ils déterminent en partie ce que nous voyons, ce que nous découvrons et parfois les entreprises ou les produits qui arrivent jusqu’à nous.
Pour les grandes plateformes, ils constituent un élément central de leur fonctionnement.
Pour les entreprises, ils deviennent un enjeu de visibilité.
Pour les commerces de proximité, ils posent une question nouvelle :
comment être visible dans un monde où de plus en plus de recherches passent par des systèmes automatisés ?
Et pour les territoires, une autre question apparaît :
comment structurer l’information locale pour qu’elle puisse être correctement trouvée, comprise et recommandée ?
C’est peut-être là que se situe l’un des prochains grands défis du numérique.
Non plus seulement créer des technologies capables de connecter les personnes.
Mais faire en sorte que ces technologies puissent aussi mieux connecter les personnes à ce qui les entoure.
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