Et si le prochain smartphone que nous achetions n’était pas neuf ?
Pendant des années, l’industrie technologique a installé une habitude : acheter un nouvel appareil, remplacer l’ancien et recommencer quelques années plus tard.
Téléphones, ordinateurs, tablettes : le renouvellement permanent semblait presque naturel.
Puis une nouvelle génération d’entrepreneurs a commencé à poser une question différente.
Pourquoi jeter ou laisser dormir un appareil encore utilisable alors qu’il pourrait servir à quelqu’un d’autre ?
C’est dans cette logique que Thibaud Hug de Larauze, avec Vianney Vaute et Quentin Le Brouster, a participé à la création de Back Market en 2014. La plateforme française s’est spécialisée dans la vente de produits électroniques reconditionnés par des professionnels contrôlés.
Son parcours raconte donc bien plus que l’histoire d’une entreprise.
Il raconte la transformation progressive de notre rapport à la technologie.
Une nouvelle idée du commerce numérique
Lorsque Back Market apparaît en 2014, le marché du reconditionné existe déjà.
Mais il souffre d’un problème essentiel : la confiance.
Acheter un téléphone d’occasion à un particulier est une chose.
Acheter un appareil électronique présenté comme reconditionné par un professionnel en est une autre.
Quel est son état réel ?
La batterie a-t-elle été vérifiée ?
L’appareil fonctionne-t-il correctement ?
Existe-t-il une garantie ?
Que se passe-t-il en cas de problème ?
Back Market va précisément essayer de répondre à ces questions.
Le numérique ne sert plus seulement à afficher un catalogue.
Il devient un outil pour organiser un marché, sélectionner des vendeurs, standardiser des informations et rassurer l’acheteur.
C’est une nouvelle illustration de la puissance des marketplaces.
Trois entrepreneurs et une conviction
Thibaud Hug de Larauze fonde Back Market avec Vianney Vaute et Quentin Le Brouster.
L’entreprise se développe autour d’une idée simple : permettre aux consommateurs d’acheter des appareils électroniques reconditionnés auprès de professionnels spécialisés.
Le modèle repose donc sur plusieurs acteurs.
Des reconditionneurs.
Des consommateurs.
Une plateforme.
Et un ensemble de règles destinées à rendre la transaction plus lisible et plus fiable.
Autrement dit, Back Market ne fabrique pas les smartphones qu’elle commercialise.
Elle construit l’environnement numérique permettant à un marché de fonctionner.
C’est précisément ce qui rapproche son histoire de celles de Mirakl, ManoMano ou BlaBlaCar.
Les secteurs sont différents.
Mais la logique est comparable :
organiser une rencontre entre une offre et une demande.
Le véritable défi : créer la confiance
Pour Thibaud Hug de Larauze, la question de la confiance devient rapidement centrale.
Le reconditionné doit convaincre un consommateur habitué au neuf.
Il faut donc démontrer qu’un produit qui n’est pas neuf peut néanmoins être fiable.
Cette question reste au cœur de la stratégie de Back Market en 2026.
En juillet 2026, l’entreprise a même construit une campagne mondiale autour de sa garantie qualité, avec Thibaud Hug de Larauze présenté comme fondateur et CEO. Back Market indique que ses appareils passent notamment par un processus de contrôle qualité pouvant comporter jusqu’à 100 points d’inspection.
La communication peut sembler spectaculaire.
Mais elle révèle surtout un problème commercial fondamental :
avant de convaincre quelqu’un d’acheter différemment, il faut d’abord le rassurer.
Le reconditionné devient un marché à part entière
Le succès de Back Market montre que le reconditionné n’est plus considéré uniquement comme une solution réservée aux consommateurs disposant de peu de moyens.
Il devient progressivement une véritable alternative au neuf.
L’entreprise affirme aujourd’hui compter 18 millions de clients dans 17 marchés et avoir évité, selon son propre calcul fondé sur une étude de l’ADEME, plus de 2,4 milliards de kilogrammes d’émissions de carbone.
Ces chiffres doivent être lus comme des données communiquées par l’entreprise.
Mais ils témoignent d’un changement de dimension.
Le reconditionné n’est plus un marché de niche.
Il devient un élément de la transformation du commerce électronique.
Acheter autrement plutôt qu’acheter davantage
C’est probablement l’une des idées les plus intéressantes associées au parcours de Thibaud Hug de Larauze.
Le commerce numérique a longtemps été associé à une promesse :
plus de choix, plus rapidement, partout.
Le modèle du reconditionné introduit une autre logique :
faire davantage avec ce qui existe déjà.
Back Market présente d’ailleurs explicitement sa mission autour de l’allongement de la durée de vie des appareils électroniques grâce au reconditionnement, à la réparation et à l’économie circulaire.
La transformation n’est donc pas uniquement technologique.
Elle est également culturelle.
Le consommateur peut commencer à se demander :
Est-ce que j’ai vraiment besoin d’acheter neuf ?
Cette question change profondément le rapport entre technologie et consommation.
Quand la marketplace devient un outil de circularité
Le modèle de Back Market montre aussi qu’une marketplace peut avoir une fonction différente de celle que l’on imagine traditionnellement.
Une plateforme peut évidemment permettre de vendre davantage.
Mais elle peut également permettre de faire circuler plus longtemps les produits existants.
Le même appareil peut connaître plusieurs vies.
Un smartphone utilisé par une première personne peut être repris, contrôlé, réparé, reconditionné puis vendu à une autre.
La technologie devient alors un intermédiaire entre plusieurs cycles de consommation.
C’est une évolution particulièrement importante dans un secteur où le renouvellement rapide des appareils pose des questions économiques et environnementales.
De l’écran au magasin
Une autre évolution récente de Back Market mérite notre attention.
En octobre 2025, l’entreprise a ouvert son premier magasin physique à New York, dans le quartier de SoHo. L’objectif affiché était notamment de permettre aux consommateurs de voir, toucher et tester les appareils reconditionnés, tout en proposant des services de réparation et des événements.
Ce choix peut sembler paradoxal.
Une entreprise née sur Internet ouvre un magasin.
En réalité, il révèle quelque chose d’essentiel sur l’évolution du commerce numérique.
Le numérique ne fait pas nécessairement disparaître le commerce physique.
Il peut aussi le transformer.
Après avoir créé la confiance en ligne, Back Market cherche désormais à permettre au consommateur de vivre une expérience physique autour du produit.
Le digital et le magasin cessent alors d’être deux mondes opposés.
Ils deviennent complémentaires.
Une entreprise française devenue internationale
L’ambition de Back Market dépasse rapidement le marché français.
L’entreprise développe progressivement sa présence internationale et devient un acteur majeur du marché mondial du reconditionné.
En 2024, à l’occasion de son dixième anniversaire, Back Market annonçait notamment être rentable en Europe.
En 2026, l’entreprise poursuit cette expansion.
Le magazine TIME a intégré Back Market à sa liste 2026 des entreprises les plus influentes au monde, en mettant notamment en avant sa croissance aux États-Unis et son rôle dans la prolongation de la durée de vie des appareils électroniques. Thibaud Hug de Larauze a également été cité par TIME parmi les dirigeants associés à cette dynamique.
Une reconnaissance qui montre à quel point le sujet du reconditionné est désormais devenu international.
Une nouvelle relation entre technologie et consommation
Le parcours de Thibaud Hug de Larauze est intéressant parce qu’il intervient à un moment où plusieurs transformations se rencontrent.
Le numérique.
Le commerce électronique.
L’économie circulaire.
La réparation.
Le pouvoir d’achat.
La recherche de durabilité.
Toutes ces questions convergent autour d’un même objet : le produit technologique.
Le smartphone n’est plus seulement un appareil.
Il devient un objet dont il faut penser toute la durée de vie.
Sa fabrication.
Son utilisation.
Sa réparation.
Son reconditionnement.
Sa revente.
Puis éventuellement son recyclage.
La marketplace devient alors un maillon d’un écosystème beaucoup plus large.
Une leçon pour les commerçants
L’histoire de Back Market apporte également une réflexion intéressante aux commerces traditionnels.
Le numérique ne sert pas uniquement à vendre.
Il peut aider à expliquer.
Rassurer.
Comparer.
Conseiller.
Créer une communauté.
Organiser un marché.
Donner une seconde vie à un produit.
Et surtout, faire connaître une offre qui resterait autrement invisible.
Cette dernière idée nous intéresse particulièrement.
Car si une plateforme peut rendre visibles des milliers de produits reconditionnés, le même principe peut être appliqué à d’autres catégories d’acteurs.
Un artisan.
Un réparateur.
Un commerce indépendant.
Une association.
Un professionnel local.
Dans tous ces cas, le problème peut être identique :
l’offre existe, mais le public ne sait pas forcément qu’elle existe.
La visibilité devient une question économique
C’est l’une des grandes transformations apportées par Internet.
Autrefois, la visibilité d’un commerce dépendait principalement de son emplacement.
Une belle vitrine.
Une rue passante.
Une enseigne connue.
La proximité géographique.
Aujourd’hui, une autre vitrine existe.
La vitrine numérique.
Elle peut être un moteur de recherche.
Une marketplace.
Un réseau social.
Une fiche locale.
Un site Internet.
Une plateforme territoriale.
Cette évolution ne signifie pas que la vitrine physique est devenue inutile.
Elle signifie que la visibilité d’un acteur économique possède désormais plusieurs dimensions.
Du reconditionné au commerce de proximité
Le parcours de Thibaud Hug de Larauze permet donc de poursuivre notre réflexion sur les plateformes numériques.
Avec Philippe Corrot, nous avons vu comment la marketplace pouvait transformer la relation entre entreprises, vendeurs et clients.
Avec Philippe de Chanville, nous avons observé son application au bricolage et à l’équipement de la maison.
Avec Frédéric Mazzella, nous avons découvert comment une plateforme pouvait organiser une communauté autour d’un besoin commun.
Avec Thibaud Hug de Larauze, nous découvrons une autre dimension :
la plateforme peut aussi contribuer à faire émerger un modèle de consommation différent.
Et cette réflexion nous conduit progressivement vers une autre question.
Si le numérique peut organiser des marchés internationaux, peut-il également aider les territoires à mieux organiser leur propre visibilité ?
Une question pour demain
Dans une ville, des centaines d’acteurs travaillent chaque jour.
Commerçants.
Artisans.
Associations.
Services.
Indépendants.
Producteurs.
Professionnels.
Certains sont très visibles.
D’autres beaucoup moins.
Pourtant, ils participent tous à la vie économique et sociale du territoire.
Le numérique pourrait-il permettre de mieux les réunir dans un même environnement ?
Pas nécessairement pour créer une nouvelle marketplace.
Mais pour construire une meilleure visibilité collective.
C’est une autre manière de penser la plateforme numérique.
Non plus seulement comme un outil de transaction.
Mais comme un outil de connaissance et de mise en relation.
Thibaud Hug de Larauze : transformer une habitude
Le parcours de Thibaud Hug de Larauze illustre finalement une caractéristique commune aux grands entrepreneurs du numérique.
Ils ne créent pas toujours un besoin nouveau.
Ils identifient parfois une habitude existante et proposent de la transformer.
Avec Back Market, le geste consistant à acheter un appareil électronique change progressivement.
Le consommateur peut désormais se demander :
Pourquoi acheter neuf si un appareil reconditionné peut répondre au même besoin ?
Cette question paraît aujourd’hui beaucoup plus naturelle qu’il y a dix ans.
C’est peut-être là que se mesure la réussite d’une transformation numérique.
Pas seulement au nombre de clients.
Pas seulement au chiffre d’affaires.
Mais au moment où une nouvelle manière de faire devient progressivement une habitude.
À retenir
Thibaud Hug de Larauze a contribué à transformer le marché de la technologie reconditionnée en faisant de la confiance, de la qualité et de l’économie circulaire des éléments centraux de l’expérience numérique.
Son parcours permet de comprendre plusieurs évolutions majeures :
- la marketplace peut créer de nouveaux marchés ;
- la confiance est essentielle dans le commerce numérique ;
- le reconditionné transforme notre rapport à la technologie ;
- le numérique et le commerce physique peuvent être complémentaires ;
- la visibilité devient un enjeu majeur pour les acteurs économiques ;
- les plateformes peuvent progressivement dépasser la simple fonction de vente.
Et surtout, une question apparaît de plus en plus clairement dans notre série :
après avoir révolutionné la façon de vendre, le numérique peut-il maintenant révolutionner la façon dont les territoires rendent visibles ceux qui les font vivre ?



